Témoignage
Par Diane Bianchi (1995)
Je pensais avoir décroché l'assignation facile mais je dois avouer que j'ai eu quelques difficultés à voir se dérouler devant moi les moments pénibles que j'ai vécus.
Donc voici, j'étudiais en technique infirmière et je réussissais avec brio. J'étais fiancée et je travaillais comme préposée aux bénéficiaires auprès des personnes âgées pour payer mes études. Bref, ma vie s'avérait une réussite totale.
Tout est arrivé insidieusement, je commençai à penser que j'étais atteinte de toutes les maladies que j'étudiais et le reste s'enchaîna : l'arrêt de mes études, le bris des fiançailles et la perte de mon travail. Je me retrouvai donc le 24 avril 1979, le jour de mon anniversaire de naissance, à l'hôpital Louis-H. Lafontaine pour une consultation. Ma mère, toute désemparée, m'accompagnait. Après une heure avec un psychiatre en qui j'ai eu, sur-le-champ, une confiance totale, celui-ci dit à ma mère : "C'est dommage pour une jeune femme si intelligente, elle est atteinte de dépression psychotique". Ma mère m'expliqua mais je ne connaissais pas alors toute la portée du diagnostic. Je partis donc sur le chemin du retour avec une forte dose d'anti-psychotique avec l'espoir de guérir sous peu et un gentil psychologue.
Pendant un mois, ma mère et moi nous nous rendions à l'hôpital. Après quelques semaines de ce régime, je me sentais mieux et mon père suggéra de retourner au travail. Ce que je fis car le travail me fut toujours bénéfique et je suis une fonceuse. Après deux ans, je laisse le poste de préposée que j'avais repris pour aller vers le secrétariat à contrat, ce qui me permettrait de récupérer pour de courtes périodes.
Ce régime dura jusqu'en 1988. Entretemps, ma mère décéda en 1986 par un triste après-midi d'automne et mon père se remaria quelque temps après. Je disais donc: en 1986, je décide, encouragée par un psychologue trop optimiste, d'arrêter mes médicaments. De 1986 à 1988, tout en diminuant mes médicaments par petites doses, je travaille et je demeure dans un bel appartement de cinq pièces, mais tout bascule à l'été 1988, surtout dû à l'arrêt de mes médicaments. Je perds mon travail, ma famille s'éloigne de moi, je me retrouve seule malade et sans le sou. Tout ce que je mange, c'est du gruau, je bois beaucoup de café et je fume beaucoup. Cela dure cinq mois. Après, je n'en peux plus, je me rends à l'urgence de l'hôpital Louis-H. Lafontaine où l'on me garde en observation pour une semaine.
Je me promets alors de me suicider si je suis schizophrène, mais personne ne me donne ce que j'appelais le verdict. Je dois me débrouiller par la suite pour avoir un endroit où demeurer au sortir de l`hôpital et comme je connaissais des personnes de l'Armée du salut pour lesquelles je voulais travailler auparavant, à la place, je me retrouve dans une de leurs résidences pour femmes en difficulté. J'apprends donc à nouveau les choses essentielles de la vie : se nourrir, se vêtir, se loger et l'hygiène. Je dois dire qu'à cet endroit, j'ai été beaucoup aidée.
Après neuf mois, je me sens mieux et le premier désir qui me vient est de travailler.
Entretemps, j'avais fait une demande à mon omnipraticien de faire suivre mon dossier psychiatrique. J'apprends , après 10 ans, que le verdict était "schizophrène". Je ne sais toujours pas ce qu'il veut dire au juste, mais je savais que c'était la pire des maladies mentales. Je pleurai alors toutes les larmes de mon corps et depuis ce fut un long processus d'acceptation, car de 1979 à 1988, je désirais toujours guérir. J'ai décidé que cela valait la peine de vivre.
Je commence à travailler pour l'Armée du Salut comme secrétaire. Un milieu plein d'amour, de compréhension et de compassion. J'étais heureuse de la situation. Mais après trois ans, j'ai commencé à ressentir l'anergie physique, ce qui est un "symptôme négatif" de ma maladie et j'ai dû arrêter . Depuis ce temps, les services sociaux m'ont pris en charge, ce qui m'a fait perdre beaucoup de ma dignité, de mon autonomie.
Ça fait maintenant huit mois que je suis en supervision dans un appartement
de l'Échelon. Vais-je m'adapter? Quant à moi, la supervision,
j'en ai assez, je crois. Je veux retrouver ma dignité de femme de 45
ans, autonome. Je songe maintenant, dans quelque temps, à prendre un
appartement à mon goût et de continuer ma vie là où
je l'ai laissée en 1988. Vais-je réussir? Comme on dit, "Dieu
seul le sait".
J'oubliais de vous dire que travailler au journal m'apporte beaucoup de satisfaction
ainsi qu'une certaine fierté. Je me suis donné des objectifs à
réussir et j'y trouve la dignité de pouvoir encore travailler.
Voilà mon témoignage. Je vous demande de ne pas trop me juger, enfin surtout ma maladie. Je continuerai à foncer pour m'en sortir, au moins pour me tenir la tête hors de l'eau. Certains disent que j'ai du courage. Moi je dis que j'ai une flamme qui brûle et elle me fait avancer avec mes limites.