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Témoignage
par André Tremblay (1995)

Ma vie de psychiatrisé a commencé le jour où j'ai paralysé au milieu de la rue De Chambly. J'ai dû prendre un taxi en direction de l'hôpital Notre-Dame. On m'a transféré à l'hôpital Louis-H. Lafontaine où l'on m'a mis aux soins intensifs. J'ai passé deux semaines à essayer des médicaments, deux différentes sortes, si je me souviens bien, auxquelles j'ai assez mal réagi.

Je connaissais déjà Notre-Dame, "hôpital général", car j'y avais fait un bref séjour afin de subir une intervention chirurgicale, mais je n'étais pas au fait de Louis-Hippolyte-Lafontaine "hôpital psychiatrique". Après neuf ans de suivi psychiatrique, je commence à comprendre que c'est une très bonne place. Je dois dire, pour les besoins de la cause, que j'ai été hospitalisé à Louis-Hippolyte-Lafontaine durant environ deux ans.

Les docteurs, le personnel, les médicaments, les cures fermées : ce sont des vraies affaires. Moi aussi, je suis une vraie affaire; ça, ils semblent l'avoir oublié. Ces membres du corps médical ont de nombreux besoins et ils s'en préoccupent beaucoup. J'étais seul et eux avaient si peu de temps à m'accorder après leurs "conciliabules".

À l'occasion, je suis allé consulter pour mes médicaments. De plus il y a des gens pour vous inciter à les prendre. Mais c'est autre chose si vous voulez obtenir deux Aspirines ou du sirop pour le rhume. Vous devez rencontrer premièrement l'infirmière, ensuite la secrétaire, puis l'omnipraticien qui vous soignera pour un mal de tête ou pour un rhume que vous n'avez possiblement plus.

Moi, je ne connaissais rien à la maladie mentale avant l'âge de 28 ans. Ma conception de la maladie mentale, telle qu'elle avait été nourrie par les médias, n'était qu'un pâle reflet de la réalité. Ainsi, les membres du personnel hospitalier qui s'impatientaient contre les patients avaient tendance à réagir en adoptant des mesures coercitives à leur endroit.

Cependant, la vie hospitalière présentait également certains aspects positifs. Ça m'a permis de passer deux hivers au chaud, sans avoir besoin de me promener dans la neige au froid. En effet, j'avais des maux de jambes qui me poussaient à marcher sans arrêt, mais au moins je marchais au chaud. Il y avait par contre quelques contrariétés comme la prise de médicaments et l'horaire rigide qui me faisaient souffrir.

Obtenir son congé n'était pas facile non plus, je finissais par ne plus entrevoir un congé sans médicament. Vivre avec une drogue devient évident, Ça semble aller de soi. Sortir le premier hiver à l'extérieur des murs, c'est froid, car on prend vite l'habitude d'une vie dans une bulle de verre.

À l'extérieur, après une période de cure fermée, c'est douloureux. Le rythme de vie nous semble vite et agressif, parce qu'auparavant nous prenions tout notre temps pour écourter la journée. Il y a aussi les maisons de transition où l'on retrouve du monde à la sortie. C'est intéressant de reprendre sa dignité après s'être senti déresponsabilisé. Les bénéficiaires m'ont appris des choses. Je crois qu'ils sont là pour ça d'ailleurs. Tisser des liens avec les membres de la société est primordial pour moi, car j'ai besoin des autres pour vivre.

Cet hôpital et ces centres d'hébergement sont peut-être une solution pour moi actuellement et me permettront, je l'espère, de quitter le monde de la psychiatrie, avec leur 20 milligrammes d'haldol, dans 20ans.