CHAPITRE X
LA PSYCHOSE DANS LE RELIGIEUX
Après avoir étudié le rôle des thèmes religieux
dans l'expérience de la maladie mentale, nous allons maintenant nous
demander si, et comment, dans certains textes canoniques, la maladie mentale
est présentée. En vertu de la thèse de la réclusion,
nous avons vu que la persécution sociopolitique dont le reclus est victime,
parfois consentante, est à vocation sacrificielle. Cela nous a permis
de considérer l'exclusion comme le premier temps d'un phénomène
superstitieux, mais qui se prétend non religieux parce que déconfessionnalisé
ou laïcisé. Ainsi avons-nous pu faire admettre par ceux qui parlent
de la révolution psychiatrique des années soixante, qu'au-delà
des discours parfois farouchement anticléricaux, aucun article de loi
n'a été sérieusement remis en question. Au quotidien, le
vécu des personnes institutionnalisées n'a pas changé.
Il y a fort à parier que nombre d'entre elles auraient été
surprises d'apprendre que pendant cette période dite de la Révolution
tranquille un changement s'était produit. En vérité, que
le sarrau des psychiatres se soit substitué au col romain des religieux
n'a rien changé à l'exclusion sociofamiliale.
Avec René Girard, nous avons vu précisément que pour qu'un mécanisme de substitution sacrificielle exerce sa fonction pacificatrice, il lui fallait être au moins partiellement caché. C'est ainsi que nous avons pu déterminer que ce qui fait problème, c'était que la parole ou le comportement (acting out) du reclus est interprété comme symptomatique d'une maladie. De notre côté, nous avons voulu démontrer que cet acting out, pour être compris et donc pour ne plus être insensé, devait être réinterprété en tant que symbole. C'est pourquoi, avec Paul Ricur, nous avons décortiqué le symbole et vu qu'il s'agissait d'une relation entre un avant et un arrière-plan. L'avant-plan, c'est la synchronie quotidienne, que l'on peut observer et analyser cliniquement. L'arrière-plan, c'est la diachronie et la vie spirituelle, lesquelles échappent aux grilles d'évaluation des cliniciens.
Pour valider notre modèle, après avoir constaté que le vécu du reclus est à vocation religieuse, il nous faut faire ressortir que, dans les écrits religieux, on fait référence à la réclusion. Nous verrons que, dans diverses prophéties, ces références sont nombreuses. En étudiant le phénomène du prophétisme, nous nous demanderons si les prophètes, dont le Christ, n'étaient pas enclins à la psychose. C'est avec cette hypothèse à l'esprit que nous entreprenons une relecture, une réinterprétation de certains écrits canoniques à la lumière de la thèse de la réclusion. Évidemment, cette relecture ne peut être ici que partielle puisqu'elle pourrait faire l'objet d'une vaste recherche en soi. Nous nous contenterons d'étudier quelques-uns des quelque 72 livres que contient la Bible chrétienne avec l'espoir de tous les réinterpréter un jour.