7.2. L'exclusion et l'inclusion

L'exclusion, c'est le rejet social, familial, économique et politique. C'est le rejet de celui qui ne réussit pas à s'insérer dans un monde découpé de façon cartésienne, c'est le rejet de celui qui ne respecte pas les règles de différenciation. Or, celles-ci sont essentielles à l'ordre de la synchronie.

L'exclusion est le premier temps de la réclusion. La personne faisant problème dans le monde sédentarisé dans lequel nous vivons est différente et subit un traitement qui en est un de redifférenciation, de normalisation (Dupras, 1993). Cette personne est ensuite aidée pour reprendre un aspect, une forme, et pour s'insérer dans le découpage spatio-temporel pratiqué par la majorité. Il s'agit de la réinsérer : on tente alors l'inclusion.

Par inclusion, nous faisons référence aux politiques gouvernementales. C'est tout un système qui est mis sur pieds pour favoriser la réintégration des désinstitutionalisés dans la société. Sachant que «les Canadiens les plus actifs sont plus heureux que leurs homologues sédentaires» (Statistiques Canada, 1985, p. 15), on a une panoplie de programmes qui nous permettent de dire collectivement que «oui, on fait quelque chose pour ça». On les rejette socialement, dans un premier temps, au point où il faut les institutionnaliser derrière des portes sur lesquelles de puissants électro-aimants empêchent les sorties non-autorisées. Puis, dans un deuxième temps, c'est l'inclusion, c'est-à-dire l'intégration dans la société des personnes dès lors dites désinstitutionalisées.

Par ailleurs, l'analyse de l'hallucination psychotique nous fait voir que l'originalité propre à ce discours tient au fait qu'il s'agit d'une sortie du cadre des catégories. La civilisation s'est dotée de conventions par nécessité de fonctionner collectivement dans un cadre qui ne permet plus la fuite dans le désert, soit la ville. La science de l'économie nous enseigne en effet que l'expansion commerciale dépendait d'une organisation sédentaire, laquelle, au contraire du nomadisme, permet les surplus. Et ce que l'on constate, c'est que plus un individu éprouve une tendance au nomadisme, plus il aura de la difficulté dans cette sédentarisation.

C'est ainsi que s'explique, à la lumière de notre thèse de la réclusion, l'incidence extraordinaire de maladies mentales chez les peuples récemment et brusquement sédentarisés, comme les Inuit. Nous précisons à la section 7.5. de ce chapitre le lien statistique qui unit suicide et maladie mentale. Or, au Nunavik, cette région nord du territoire québécois administrée par le gouvernement régional Kativik, le taux ajusté de mortalité par suicide pour 100 000 habitants était de 73 en 1990-1991-1992, soit près du triple de celui de la région socio-sanitaire arrivant deuxième à ce chapitre avec 26, soit celui des Terres-Cries-de-la-Baie-James (Québec, Ministère de la santé et des services, 1998b, p. 110). Pour la région socio-sanitaire de Montréal-Centre, ce taux ajusté était de 13 pour 100 000 (idem.). Le rapport est ici presque de 6 pour 1. Ce taux montréalais, le plus faible du Québec pour les mêmes années, concerne la région la plus typiquement synonyme d'urbanité puisqu'il s'agit de la métropole québécoise. S'il n'y a pas de lien de cause à effet, il y a une forte, une très forte corrélation. Selon nous, elle mérite une tentative d'explication, bien que l'écart entre les chiffres pour les années 1993-1994-1995 soient moins spectaculaires que ceux mentionnés ci-haut, entre le Nunavik et Montréal, le rapport n'étant plus de 6 à 1, mais de 4 à 1 (idem.). On parle d'une différence d'encore 400%.